samedi, 18 juillet 2009
Bois Dormant (2)
(...)
Pourtant, elle pouvait être bonne.
Elle pourrait prodiguer à celui qui viendrait tant de tendresse
que tous deux seraient hors de portée des ronces déchirantes.
Mais il fallait qu’un, ne serait-ce qu’un seul, vienne.
Il fallait qu’un la choisisse.
Il fallait qu’un la veuille.
Assez pour ne pas se laisser arrêter par les épines.
Assez pour la distinguer des figurants pétrifiés aux alentours.
Assez pour saisir ce qui lui restait de souffle.
Il fallait qu’un reconnaisse le courage qu’il lui avait fallu pour lutter, seule, depuis des années.
Il lui aurait été infiniment plus facile de se laisser gagner par la froidure, la sécheresse, la dureté.
La métamorphose allait vite, et presque sans qu’on s’en rende compte.
(...)
ViV
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vendredi, 17 juillet 2009
Bois Dormant (3)
(...)
Et puis, les Ames Grises ne souffraient plus.
Les Ames Grises ne croyaient plus.
Les Ames Grises ne doutaient plus.
Les Ames Grises n’avaient plus d’attentes déçues.
Parfois, l’une d’elles trébuchait sur un tout petit caillou,
ou se prenait à écouter les trilles du passereau au lever du soleil.
Alors, elle se fendillait en silence, doucement tout d’abord,
puis de plus en plus vite, et bientôt, elle s’effritait jusqu’à la poussière, jusqu’à disparaître tout à fait.
Sans bruit, sans remous, sans laisser de souvenir.
(...)
ViV
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jeudi, 16 juillet 2009
Bois Dormant (4)
(...)
Ouvrir, partager, chérir.
Ne pas compter, ne pas retenir.
Là était le salut.
Se laisser surprendre, se laisser aller à rêver, espérer.
Croire en la douceur, c’était avoir du souffle, encore et encore.
Donner, ce n’était rien perdre mais vibrer, enfin, dans le ressac de l’échange.
(...)
ViV
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mercredi, 15 juillet 2009
Bois Dormant (5)
(...)
Il y en avait un qui venait parfois.
Et tout prenait sens puisqu’il avait su trouver le chemin.
Voilà pourquoi presque transparente mais pas grise.
Voilà pourquoi encore un soupçon de rose accroché à ses joues.
Voilà pourquoi épargnées, réserves de tendresse et de chaleur en elle.
Il lui parlait à voix douce.
Il la caressait tant et tant que la vie lui revenait.
Il lui ouvrait les bras si grands qu’elle retrouvait souplesse et couleurs.
(...)
ViV
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mardi, 14 juillet 2009
Bois Dormant (6)
(...)
Il pouvait s’approcher si près qu’ils partageaient leurs souffles.
Il pouvait lui sourire si vrai qu’elle se croyait légère de nouveau.
Il pouvait l’enlacer si fort qu’elle sentait battre son cœur entre leurs lèvres.
Pourtant
Il usait avec elle de tant de précautions qu’elle prenait peur.
Il avait pour elle des délicatesses de chat pour le moineau tombé à terre.
Il était semblable à ces médecins puissants qui circonvoluent leurs messages létaux.
(...)
ViV
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dimanche, 12 juillet 2009
Bois Dormant (7)
(...)
Elle ne savait jamais quand il apparaîtrait, ni combien de temps il resterait.
Parfois, il demeurait loin, indifférent, à ne pas parler de choses et d’autres.
Parfois, il était attentionné et tendre ;
il lui offrait, comme si de rien, un plein morceau de vie palpitante et fraîche.
Parfois, il était absent pour des jours et des jours.
Il ne l’avait pas choisie.
Elle ne pouvait pas l’espérer, se réjouir de lui.
Elle ne pouvait pas nommer précieuses les minutes partagées.
Elle ne pouvait pas habiller son cœur de fête pour préparer sa venue.
Il ne l’avait pas choisie.
Ce qu’elle donnait, il ne s’en réjouissait jamais.
Ce qu’il donnait semblait lui avoir échappé par inadvertance ou par désœuvrement.
La Belle aurait tant souhaité croire en lui. Jamais il ne lui laissait ouvrir les digues toutes grandes.
Il ne l’avait pas choisie.
(...)
ViV
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samedi, 11 juillet 2009
Bois Dormant (8)
(...)
À bien le regarder, ses couleurs n’étaient pas fort vives, et son allure un peu raide.
Il se montrait parcimonieux, non par vouloir, mais par nécessité.
Et s’il ne parlait pas, c’est qu’il lui arrivait d’oublier les modulations qui forment une voix.
Il était là depuis l’initiale.
Il avait assisté aux premiers grisaillements d’âme.
Nul ne s’en souvenait, pas même lui. Mais il était déjà là. Comme tous.
A l’époque, il était le Bateleur.
Jamais en repos, il régalait de ses tours les messieurs dames aux beaux atours.
Il les avait vu se gonfler de certitudes et se remplir du poids de leur propre importance.
Il les avait vu se figer jusqu’à la pierre.
(...)
ViV
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vendredi, 10 juillet 2009
Bois Dormant (9)
(...)
Sans être bien certain, il avait pensé que ses gestes répétés encore et encore le préservaient.
Que le mouvement le sauverait toujours.
Il s’était mis en marche, non pour aller mais pour marcher.
Et il n’avait plus cessé.
Celui qui marche.
Il était devenu l’Errant.
Pas après pas, il marchait.
Avec constance, il marchait.
(...)
ViV
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jeudi, 09 juillet 2009
Bois Dormant (10)
(...)
L’Errant n’avait traversé aucune douve abyssale, rompu aucun charme, vaincu aucun dragon,
pour venir jusqu’à elle.
Il avait marché.
Comme toujours.
Il ne l’avait pas rêvée.
Il ne l’avait pas voulue.
Il ne l’avait pas choisie.
Tout juste l’avait-il trouvée au détour d’une tour, au seuil de la porte.
ViV
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