mardi, 07 juin 2011
A l'octroi
Il se présente l’amour en bandoulière
Fier
Eros pour le corps
Agapè pour la transcendance
Mais de Philia, point n’est fait état
Promesse de partage
Promesse de mains ouvertes
Promesse de paix
Réconciliation
Qui aurait osé douter ?
Comment lutter ?
Et ne pas adopter ?
Viatique accordé de l’au-delà
Ouvertes, les Portes
Epaisses, les murailles désormais abolies
Maintenant, dedans.
Lui
Entrer. Observer.
Pénétrer. Inspecter.
Avancer. Juger.
Singer l’ami, l’aimant, l’amant
Infiltrer sous le masque
Posséder
Prendre au ventre
Palais ruiné.
La guerre était là.
Au-dedans, les morts aiment les vivants.
Les trésors mêlés aux ossements
Les perles aux pattes des rats
Les saphirs aux charognards
Les émeraudes aux cafards
Les brocards aux morsures d’araignées
Pénétrer. Evaluer.
Jauger. Juger. Condamner.
Abandonner.
ViV
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vendredi, 29 février 2008
Les Absences d'Aphrodite
EMOTION 7
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
A quoi ça ressemble, ça ?
Un amour à contretemps qui entre en hibernation quand l’été approche ?
Un amour plantigrade qui, au bout de quelques mois à peine, et encore par intermittence, flanche et, fatigué plus que de raison, a besoin d’une bonne sieste ?
Un amour de pacotille, un amour dont l’éclat factice ternit dès après la transaction ?
Un amour-verroterie, un amour faux-monnayeur,
composé pour berner l'indigène innocente, trop crédule ?
Un amour de peu de foi, un amour sans panache, un amour qui a ses vapeurs ?
Un amour lâche, un amour qui tente de s’éclipser sans faire bruit, sans se faire remarquer,
comme on quitte le bal par la petite porte ?

Et lui, à quoi pensait-il ?
Qu’il y avait peut-être une chance de cette façon qu’elle ne comprenne pas ?
Ou bien « je ne t’aime plus », c’était juste trop simple, trop cru ?
Qu’il était de bon ton, eu égard à son jeune âge, de la ménager, d’employer une formule édulcorée ?
Il se croyait malin, créatif,
il tentait de créer l’aspartame de la rupture,
celui qu’on peut ingérer sans risque,
celui qui ne laisse pas de trace,
celui qu’on consomme et qui ne pèse pas,
celui dont le corps ne garde aucune mémoire ?
« Mon amour pour toi s’est endormi. »
C’était insultant, humiliant.
C’était injuste.
Elle était furieuse, en colère, hors d’elle.
Elle tremblait.
Elle avait la chair de poule.
Elle avait froid en plein soleil.
Elle était seule au monde.
ViV
Tableau : Ophélie (1852 - Tate Gallery - Londres) par John Everett Millais (1829 - 1896)
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mardi, 26 février 2008
Parce que

EMOTION 6
Plus tard,
alors qu’elle avait tellement besoin de partager avec lui sa confusion sans s’y autoriser,
il eut cette phrase :
« Tu peux me parler de moi comme si j’étais quelqu'un d’autre. ».
Cela libéra ses mots.
Voilà quel être était cet homme.
ViV
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dimanche, 25 novembre 2007
365 Révolutions
SENSATION 13
Il dit « Prends, ceci est pour toi. »
Il dit « Prends, cela fonctionne. »
Il dit « Sans autre forme de procès. »
Comme si cela allait de soi.
Comme si de lui je désirais encore.
Comme si

Pourtant cela fait déjà un an.
Douze fois trente unités de rien.
Premier tour de calendrier.
Première douzaine toute ronde, toute pleine
de rendue, d’expulsée, d’abandonnée.
Et oui j’ai besoin
Mais j’ai besoin aussi
De la chaleur de la tiédeur de la douceur
De bras autour de mes épaules,
De rires et de chants à gorge déployée,
De prunelles aux éclats d’or précieux,
De mots chuchotés à ma nuque effleurée,
Du velours de caresses
De peau contre la mienne, tout contre
Et celle-là n’est pas la sienne.
ViV
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lundi, 06 août 2007
Spasmes du temps
Je réalise que cette façon que j’ai de toujours être en retard me permet de me rendre imperméable. Ces retards m’autorisent à porter des œillères, ne pas m’arrêter, passer à travers tout, sans me laisser atteindre. Et cela me donne aussi la sensation d’être attendue. Désirée.
J’aimerais que quelqu'un m’attende quelque part. Excellent titre, mademoiselle Anna.
N’ai-je jamais moi-même formulé un tel vœu ?
N’ai-je pas, encore aujourd’hui, les larmes aux yeux à chaque arrivée en gare, à chaque atterrissage, lorsque je sais que personne ne sera là pour m’étreindre, se réjouir de moi ?
Qu’y a-t-il de pire que d’arriver sans être espérée ?
Que personne ne sache même que j’étais partie…

La première chose qui m’interpelle ce sont les dates. La première est 1967.
Ce ne sont pas les noms des déportés.
Ce sont les noms des Justes.
Je suis face au mur des Justes.
Et oui, il y a bien peu de noms.
Courage qui vous tombe dessus, cette capacité à risquer sa vie pour la justice, pour les autres.
Il faut y être pour savoir de quel bois on est fait, savoir si on aura l’inconscience de se dresser,
simplement parce qu’il le faut.
Il fait beau, en ce début du mois d’août et la vie semble chaleureuse.
Je lis.
Frissons.
J’ai la chair de poule.
Je prends conscience de tout l’espace au dessus de moi.
Il fait froid. La lumière baisse. Suis en pleine rue, écrasée, terrassée.
Je pleure.
Fleur de peau.
Je suis dans le monde. Et le monde est en moi.
Je pleure.
J’avais oublié cette nature qui est la mienne, cet épiderme si poreux.
Oui j’avais oublié à quel point cela est inconfortable.
Rester en ouverture, c’est une vraie discipline, c’est s’exposer au fracas du monde.
Risquer, comme en cet instant, d’être prise au dépourvu.
Dépourvue, voilà bien ce que je suis.
Comme ce matin d’hiver où j’avais vraiment écouté la radio qui laissait un homme politique haineux y faire tribune. Simplement j'avais laissé les mots peser leur poids.
Tremblements.
Même sous la douche, sueurs froides.
Prise de spasmes, j’ai vomi ma bile, faute de petit déjeuner.
Depuis quelques semaines, je me sens vivante à ma manière.
Et cette manière n'est pas aisée.
De l’étoupe, voilà de quoi je suis faite.
Et Dieu, qu’elle est aisément consumable...
ViV
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jeudi, 21 septembre 2006
Les Amours Mortes
REVE 1

Je ne peux me résoudre à croire que tu es sorti définitivement de ma vie.
Que jamais plus je ne te verrai.
Cette nuit j’ai rêvé que je t’écrivais une lettre.
Dans une copie double grand format à grands carreaux.
La lettre était sur la deuxième page car la première était vierge.
Mais tout le message était dans le post-scriptum.
ViV
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