mardi, 07 juin 2011

A l'octroi

Il se présente l’amour en bandoulière

Fier

 

Eros pour le corps

Agapè pour la transcendance

Mais de Philia, point n’est fait état

 

Promesse de partage

Promesse de mains ouvertes

Promesse de paix

Réconciliation

 

Qui aurait osé douter ?

Comment lutter ?

Et ne pas adopter ?

Viatique accordé de l’au-delà

 

Ouvertes, les Portes

Epaisses, les murailles désormais abolies

Maintenant, dedans.

 

Lui

Entrer. Observer.

Pénétrer. Inspecter.

Avancer. Juger.

 

Singer l’ami, l’aimant, l’amant

Infiltrer sous le masque

Posséder

Prendre au ventre

 

Palais ruiné.

La guerre était là.

Au-dedans, les morts aiment les vivants. 

Les trésors mêlés aux ossements

Les perles aux pattes des rats

Les saphirs aux charognards

Les émeraudes aux cafards

Les brocards aux morsures d’araignées

 

Pénétrer. Evaluer.

Jauger. Juger. Condamner.

Abandonner.

 

ViV

lundi, 20 juillet 2009

Bois Dormant (1)

La Belle ne dormait pas.

Au Bois Dormant, tous les autres dormaient.

 

Pas elle.

Elle était seule, éveillée, dans ce lieu ceint de ronces,
cernée par les Ames Grises.

 

Elle était tiède, chair et cœur encore tendres.

Un jour, le silence et l’absence qui avaient pris les autres la gagneraient elle-aussi.

Alors, elle serait pareille à ceux du Bois Dormant, recroquevillés, desséchés, perdus corps et cœurs.

 

Les Ames Grises.

 

(...)

 

 

ViV

samedi, 18 juillet 2009

Bois Dormant (2)

(...)

 

Pourtant, elle pouvait être bonne.

Elle pourrait prodiguer à celui qui viendrait tant de tendresse
que tous deux seraient hors de portée des ronces déchirantes.

 

Mais il fallait qu’un, ne serait-ce qu’un seul, vienne.

Il fallait qu’un la choisisse.

Il fallait qu’un la veuille.

 

Assez pour ne pas se laisser arrêter par les épines.

Assez pour la distinguer des figurants pétrifiés aux alentours.

Assez pour saisir ce qui lui restait de souffle.

 

Il fallait qu’un reconnaisse le courage qu’il lui avait fallu pour lutter, seule, depuis des années.

Il lui aurait été infiniment plus facile de se laisser gagner par la froidure, la sécheresse, la dureté.
La métamorphose allait vite, et presque sans qu’on s’en rende compte.

 

(...)

 

ViV

 

vendredi, 17 juillet 2009

Bois Dormant (3)

(...)

 

Et puis, les Ames Grises ne souffraient plus.

Les Ames Grises ne croyaient plus.

Les Ames Grises ne doutaient plus.

Les Ames Grises n’avaient plus d’attentes déçues.

 

Parfois, l’une d’elles trébuchait sur un tout petit caillou,
ou se prenait à écouter les trilles du passereau au lever du soleil.

Alors, elle se fendillait en silence, doucement tout d’abord,
puis de plus en plus vite, et bientôt, elle s’effritait jusqu’à la poussière, jusqu’à disparaître tout à fait.

Sans bruit, sans remous, sans laisser de souvenir.

 

(...)

 

ViV 

jeudi, 16 juillet 2009

Bois Dormant (4)

(...)

 

Ouvrir, partager, chérir.

Ne pas compter, ne pas retenir.

Là était le salut.

 

Se laisser surprendre, se laisser aller à rêver, espérer.

Croire en la douceur, c’était avoir du souffle, encore et encore.

Donner, ce n’était rien perdre mais vibrer, enfin, dans le ressac de l’échange.

 

 

(...)

 

 

ViV

mercredi, 15 juillet 2009

Bois Dormant (5)

(...) 

 

Il y en avait un qui venait parfois.

Et tout prenait sens puisqu’il avait su trouver le chemin.

 

Voilà pourquoi presque transparente mais pas grise.

Voilà pourquoi encore un soupçon de rose accroché à ses joues.

Voilà pourquoi épargnées, réserves de tendresse et de chaleur en elle.

 

Il lui parlait à voix douce.

Il la caressait tant et tant que la vie lui revenait.

Il lui ouvrait les bras si grands qu’elle retrouvait souplesse et couleurs.

 

(...)

 

ViV

mardi, 14 juillet 2009

Bois Dormant (6)

(...)

 

Il pouvait s’approcher si près qu’ils partageaient leurs souffles.

Il pouvait lui sourire si vrai qu’elle se croyait légère de nouveau.

Il pouvait l’enlacer si fort qu’elle sentait battre son cœur entre leurs lèvres.

 

Pourtant

 

Il usait avec elle de tant de précautions qu’elle prenait peur.

Il avait pour elle des délicatesses de chat pour le moineau tombé à terre.

Il était semblable à ces médecins puissants qui circonvoluent leurs messages létaux.

 

(...)

 

ViV

 

dimanche, 12 juillet 2009

Bois Dormant (7)

 (...)

 

Elle ne savait jamais quand il apparaîtrait, ni combien de temps il resterait.

Parfois, il demeurait loin, indifférent, à ne pas parler de choses et d’autres.

Parfois, il était attentionné et tendre ;
il lui offrait, comme si de rien, un plein morceau de vie palpitante et fraîche.

Parfois, il était absent pour des jours et des jours.

 

Il ne l’avait pas choisie.

 

Elle ne pouvait pas l’espérer, se réjouir de lui.

Elle ne pouvait pas nommer précieuses les minutes partagées.

Elle ne pouvait pas habiller son cœur de fête pour préparer sa venue.

 

Il ne l’avait pas choisie.

 

Ce qu’elle donnait, il ne s’en réjouissait jamais.

Ce qu’il donnait semblait lui avoir échappé par inadvertance ou par désœuvrement.

La Belle aurait tant souhaité croire en lui. Jamais il ne lui laissait ouvrir les digues toutes grandes.

 

Il ne l’avait pas choisie.

 

(...)

 

ViV

samedi, 11 juillet 2009

Bois Dormant (8)

 

(...) 

 

À bien le regarder, ses couleurs n’étaient pas fort vives, et son allure un peu raide.

Il se montrait parcimonieux, non par vouloir, mais par nécessité.

Et s’il ne parlait pas, c’est qu’il lui arrivait d’oublier les modulations qui forment une voix.

 

Il était là depuis l’initiale.

Il avait assisté aux premiers grisaillements d’âme.

Nul ne s’en souvenait, pas même lui. Mais il était déjà là. Comme tous.

 

A l’époque, il était le Bateleur.

Jamais en repos, il régalait de ses tours les messieurs dames aux beaux atours.

Il les avait vu se gonfler de certitudes et se remplir du poids de leur propre importance.

Il les avait vu se figer jusqu’à la pierre.

 

(...) 

 

ViV

 

vendredi, 10 juillet 2009

Bois Dormant (9)

(...) 

 

Sans être bien certain, il avait pensé que ses gestes répétés encore et encore le préservaient.

Que le mouvement le sauverait toujours.

Il s’était mis en marche, non pour aller mais pour marcher.

Et il n’avait plus cessé. 

 

Celui qui marche.

Il était devenu l’Errant.

Pas après pas, il marchait.

Avec constance, il marchait.

 

(...)

 

ViV

jeudi, 09 juillet 2009

Bois Dormant (10)

(...)

 

L’Errant n’avait traversé aucune douve abyssale, rompu aucun charme, vaincu aucun dragon,
pour venir jusqu’à elle.

Il avait marché.

Comme toujours.

 

Il ne l’avait pas rêvée.

Il ne l’avait pas voulue.

Il ne l’avait pas choisie.

 

Tout juste l’avait-il trouvée au détour d’une tour, au seuil de la porte.

 

 

ViV

 

 

mardi, 09 juin 2009

A Ma Place

P1060716.JPG"Serait-elle à ma place

Plus forte qu’un homme

Au bout de ces impasses

Où elle m’abandonne ?

Vivre l’enfer, mourir au combat

Faut-il, pour lui plaire, aller jusque là ?

Se peut-il que j’y parvienne ?

Se peut-il qu’on nous pardonne ?

Se peut-il qu’on nous aime

Pour ce que nous sommes ?

 

 

 

 

 

                                                       Se met-il à ma place

Quelques fois ?

Quand mes ailes se froissent

Et mes îles se noient,

Je plie sous le poids

Plie sous le poids

De cette moitié de femme

Qu’il veut que je sois.

Je veux bien faire la Belle

Mais pas dormir au Bois.

Je veux bien être Reine

Mais pas l’ombre du Roi.

Que faut-il que je cède ?

Faut-il que je saigne ?

Pour qu’il m’aime aussi

Pour ce que je suis ?

 

Ferait-elle pour moi                                  Pourrait-il faire en sorte

Ne serait-ce qu’un pas ?                             D’ouvrir un peu la porte ?

Encore un effort, un pas                             Pourrait-il faire encore

Vers moi ?                                            Un geste, un pas vers moi ?

 

Je n’attends pas de toi que tu sois la même

Je n’attends pas de toi que tu me comprennes

Mais seulement que tu m’aimes

Pour ce que je suis

 

Se met-elle à ma place

Quelques fois

Que faut-il que je fasse

Pour qu’elle me voit ?

Vivre l’enfer, mourir au combat

Veux-tu faire de moi

Ce que je ne suis pas ?

 

Je veux bien tenter l’effort

De regarder en face

Mais le silence est mort

Et le tien me glace.

Mon âme sœur

Cherche l’erreur

Plus mon sang se vide

Et plus tu as peur

 

Faut-il que je t’apprenne                            Je ne demande rien

Les eaux troubles où je traîne ?                    Où tu vas, d’où tu viens,

Faut-il vraiment que tu saches                     Tout ce que tu caches

Le doute au fond de moi ?                         Au fond de toi.

 

Je n’attends pas de toi

Que tu sois le même

Je n’attends pas de toi

Que tu me comprennes

Mais seulement que tu m’aimes

Mais seulement que tu m’aimes

Pour ce que je suis.

Quand je doute,

Quand je tombe

Et quand la route

Est trop longue,

Et quand parfois

Je ne suis pas

Ce que tu attends de moi

Que veux-tu qu’on y fasse

Qu’aurais-tu fait à ma place ?"

 

Zazie